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 tricher coûte un prix, aussi x ringo

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Gauche


MessageSujet: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Dim 22 Jan - 20:47

Explosion. Flash. Rire. Tu agites tes cartes sous le nez d’un être qui te regarde avec de grands yeux, alors que tu sors
des foulards
et des dés
et des cartes
de tes manches et de tes poches et que tu fais rire le pauvre bougre qui semble avoir oublié le son de sa propre voix à force de traîner dans les rues à s’imprégner de Gris, à vendre son âme à la ville, à se damner pour elle. Tu te demandes si les couleurs de ton bonimenteur finiront aussi ternes, s’il y a moyen que tu ravives son âme, à grand coup de sourires et peut-être de lèvres qui s’écrasent les unes contre les autres, entre deux couvertures trop rouges, entre des draps qui sentent la lavande et l’alcool et le tabac, un mélange un peu bizarre de propre et de sale, de toi et de lui, peut-être, même si la Nuit te l’arrache toujours, même le matin vous trouve toujours au même endroit, à la même distance, deux bouées qui se collisionnent et que les vagues emportent au loin. Peut-être que tu t’inquiètes. Peut-être que tu t’inquiètes et que c’est pour ça que tu te pointes, à la tombée de la nuit, pour inverser les rôles et renverser les choses, pour cela que tu lui dis, suis-moi, avec tes doigts enroulés autour de son poignet, pour ça que tu lui dis prends tes cartes, avec ton sourire qui ferait exploser des feux d’artifices dans le ciel, pour ça que tu ne lui dis pas que tu voudrais lui faire quelque chose de beau, quelque chose qui lui fera oublier, qui mettra des étoiles dans son ciel nocturne. Tu ne lui dis pas parce que ce serait trop proche de la vérité, tu ne lui dis pas parce que vous êtes deux menteurs et deux faussaires et que de toute façon, vous êtes déjà arrivés là où tu voulais aller, juchés sur un banc du poumon vert de la ville, assis en tailleurs, une trace d’amusement dans les yeux alors que tu cherches son regard dans l’obscurité.

« Lis mon avenir. » tu demandes, et il y a une trace de défi, de fais-moi rire et de mens-moi et de vends-moi le rêve que tu vends à d’autre, une trace de j’ai envie d’entendre ta voix, un soupçon de penche-toi vers moi pour que je t’entende mieux, parce que nous sommes trop loin mais que nos masques habituels ne se trouvent pas là. Tu ris, tout bas, tu offres, principe des échanges équivalents : « Je te ferais un tour de magie. »

Un rêve contre un autre, un mensonge contre un mensonge. Tu hausses un sourcil.
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Ringo


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Dim 22 Jan - 21:06

Il a pas compris. Il a pas eu le temps de faire le lien. Y'a quelque chose qui a dû griller dans les connecteurs internes, qui a fait déconner la machine qui surchauffe un peu par moment. Parce que la nuit, la nuit c'est pas censé se passer comme ça. Y'a de la bousculade ici, y'a du casse-gueule qui prend lentement forme alors que la lune revient se pointer derrière les nuages pollués. Y'a un décalage, une marche en moins ou en plus. Sur l'instant, Ringo il pige pas. Sur l'instant il a du mal à bien retourner les phrases dans son esprits. Parce que tout ce qui compte, c'est de prendre ses cartes. C'est le sourire de Gauche qui l'a dit, c'est sa joie dégoulinante qui l'a murmuré à ses oreilles. Normalement il aurait dû se ramener les yeux mi-clos. Normalement il aurait dû se perdre quelque part entre son corps et ses souffles. Mais ce soir, ce soir c'est pas aussi normal que ça devrait l'être. Ce soir c'est décidé, le monde tournera dans un autre sens. Ringo fait le point le temps de la course, s'essouffle tout juste et fronce un peu les sourcils. Rapidement, il a enfilé des fringue. Dont un pull bien trop grand. On dirait un gosse laissé pour compte, une blague de clown triste qui rime avec Pierrot. Il penche sa tête sur le côté, regarde les alentours. Vert-nuit. Bleu-nuit. Brun-nuit.

Et la ville se tait.

La ville admire. La ville se moque un peu. Elle voudrait les ronger. Elle y arrive presque pour l'un. Elle y arrivera jamais pour l'autre. Parce que Gauche, Gauche lui c'est pas en armure qu'il se trimballe, c'est avec ses tours qu'il se fait la malle. Il fuit pas. Il combat. Il abandonne pas. Il a cette hargne un peu discrète qu'on laisse aux idéalistes, cette hargne rêvée qu'il ne faut briser sous aucun prétexte. Il le sait, ça le tuerait. Alors Ringo inspire profondément, il passe une main déconstruite dans sa tignasse trop blanche, trop défoncée aux produits décolorants. Il s'enlève tout. Jusqu'à la racine.

Le magicien se marre.

On dirait du cristal qui explose. Ou le ronron d'un chat satisfait. Il saurait pas le dire. Il a du mal à savoir, ça change toujours. C'est jamais pareil. Comme si un Gauche différent prenait ce corps chaque matin. Et enfin assis, il sent se déboîter sur ses lèvres un sourire félin.
- Je les connais tous tes tours. Mais pourquoi pas ? Je veux de la surprise, de la vraie. Un grand final. Rire de gorge. Il sort son paquet de sa poche, dévoile les cartes divinatrices pour les mélanger. Il les regarde. Regarde l'interlocuteur. Regarde à nouveau ses cartes. Puis Gauche. Toujours Gauche. Rien que Gauche. Il a la bouche en coeur. Pas comme les coeurs qui se trouvent pendus à un collier. Plutôt comme un vrai. Rouge d'un sang chaud qui bouillonne et pulse contre la chair. Terminé le bordel de cartes, il les tend de dos vers lui.

- Tu dois en choisir quatre. Te pose pas de questions, fais ça par instinct, comme si elles t’appelaient. Quatre pas plus. Un temps. Il mordille sa lèvre inférieure, arrache la peau asséchée dans un énième tic dépité. Sa voix retinte, murmure, siffle comme un secret sous un arbre centenaire. Après tu les pose de dos. Et je te les lirais. Il a jamais su comment marchait le tarot.
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Gauche


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Dim 22 Jan - 21:29

On ne peut pas tromper un menteur. Tu le sais et il le sait et tout le monde le sait. Personne ne trompe un menteur parce qu’il connaît, les tours et les détours, la façon dont les sourires se recourbent et dont les mains se touchent, la façon dont les gens se tiennent beaucoup trop près pour observer le reste, la façon dont les gens sont aveugles aux choses jusqu’au moment où elles explosent, jusqu’au moment où il devient intolérable, insupportable, détestable, de les ignorer. On ne peut pas tromper un menteur, pas même quand le menteur troquerait un bout de vérité, pas même alors que tu fixes le voyant avec des yeux qui ne cherchent pas, pour une fois, avec des yeux qui ne traquent pas, qui ne fouillent pas, avec des yeux qui le regardent et le contemplent et font des arabesques aux phalanges de ses doigts, s’attardent sur le paquet de carte que tu connais par cœur de l’avoir tant vu brassé. Tu ne dis rien, quand il parle, tu ne dis rien parce que tu sais que tu as gagné une partie de la partie, qu’il a cédé, craqué, qu’il prévoit déjà ce qu’il va te raconter alors que tu attrapes les cartes, effleure sa peau, au passage, comme un artiste qui reconnaîtrait les outils d’un autre, doigts précautionneux alors que tu les parcours, attentif, parce que tu veux y croire, parce que tu aimes croire en
quelque chose d’autre
quelque chose de beau
quelque chose de proche
surtout quand il y a le sourire de Ringo au bout, ce sourire qui fait ding, ding, ding, quelque part dans ton esprit à chaque fois qu’il apparaît, ding, ding, ding, comme si t’avais gagné au jeu, ding, ding, ding, comme si t’avais arnaqué le casino.

Précautionneux, tu pousses quatre cartes vers lui, pose le reste du paquet dans un équilibre précaire sur tes genoux, tends la main, pour appuyer le pouce, contre sa bouche, mécaniquement, presque, par jeu, aussi, pour essuyer une goutte de sang qui sommeille sous la peau, tâter du bout des doigts au Sahara de sa bouche, parce que tu aimes trop le toucher pour pouvoir t’en priver, parce qu’il y a des allures de secret à ce parc livré à la nuit, à l’obscurité entre vos deux corps, des allures de secret et de tendresse et de beaucoup de mensonges, quelque chose de délirant et de terrible et de palpitant, quelque chose de vivant au milieu de l’eau stagnante et croupie de la ville, quelque chose qui tire et qui pousse et qui vit, quelque chose qui te fait rire au milieu de la nuit et hurler au milieu du jour, quelque chose qui te donne envie de l’agripper et de le tirer et de jouer les séismes, quelque part au creux de son épaule, pour lui ordonner de se réveiller et de rester, pour lui ordonner d’ouvrir les yeux et d’arrêter de faner, parce qu’il est voyant et pas fleur, vendeur de mensonges et pas fleuriste. Du pouce, tu traces l’angle de sa mâchoire quand ta main retombe, appuie ton menton au creux de ton autre main, patient et fixe, paisible :

« Tu saignes. » tu expliques, et c’est presque cryptique, à mi-voix dans la nuit, presque étrange. « Je t’inventerais un tour que tu ne peux pas imaginer. » tu promets et tu te vantes parce que tu ne sais pas ce que tu lui feras mais peut-être que tu lui enseigneras à rester au matin, peut-être que tu lui apprendras le soleil à travers les volets de ta roulotte, les corps qui combattent le froid et son visage contre ton épaule et tes mains sur ses hanches et tes pieds contre les siens, peut-être que tu lui apprendras à rester et à arrêter de fuir, peut-être que tu feras ça ou autre chose
quelque chose d’autre
quelque chose de beau
quelque chose de proche
parce que t’es lâche, pour certaines choses, toi aussi, dans le fond, parce que tu peux pas être trop honnête, parce que la vérité tue la magie et que tu ne vis que d’elle.
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Ringo


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Dim 22 Jan - 22:08

Des deux, Gauche est plus crédible. Des deux, c'est Gauche que les enfants veulent voir. Des deux, y'a que Gauche pour rivaliser avec une palette de peinture. Il l'envie sans doute. Il envie cette capacité à éponger les pigments qui jonchent le ciel, s'étalent sur la terre et bordent l'air. Il envie ce sourire plein de dents blanches qui s'étale à la moindre occasion. Il envie cette âme enflammée par des idéaux pas trop rebelles, pas trop idiots. Les siens. Peut-être qu'il voudrait prendre tout ça, qu'il voudrait arracher tout ce qui le caractériser, prendre ce qu'il a pas pour irradier son public à son tour. Pourtant, pourtant Ringo il le fait pas. Il peut pas. Sans doute tombé dans son propre piège, dans sa bêtise d'avoir essayé de comprendre comment fonctionnent les mélanges, comment faire pour être juste comme ça. Alors le voyant continue de voir ce même lot. Ces petites vieilles qui veulent parler à leurs défunts maris, ces mamans qui veulent savoir si l'enfant qu'elles portent sera en bonne santé, ces hommes qui sont à la recherche des amours perdus, et ces femmes, ces femmes qui se modèlent selon leurs idées. Ces femmes qui changent. Ces femmes qui tendent leurs ongles rongés ou manucurés pour attraper leur destin. Mais de destin, Ringo il en offre qu'une mince parcelle. Il fait pas des généralités, il analyse seulement les traits creusés et comprend ce qu'ils veulent entendre ou non.

Mais là, c'est pas pareil.

Le magicien, il sait pas ce que lui veut entendre. Il comprend pas. Il discerne pas. Et s'il sait qu'il ment, il veut pas lui mettre sur un plateau d'argent des notes qui finiront au feu. Il veut offrir une part de vérité. Il veut se défaire du jeu et enfin accomplir du vrai, du présent. Il en vaut la peine. Mais ça, il le dira pas avec des vrais mots et des belles phrases. Il préfère le taire et continuer son manège, son carrousel qui va de plus en plus vite à chaque disparition matinale. Il est un peu illusionniste, au fond, Ringo ; il se désintègre aux rayons solaires. Puis y'a cette main qui vient se caler sous son menton, y'a ce frisson qui vient déformer son dos l'espace d'un instant. C'est pas le froid. C'est autre chose. Un truc. Un chouette. Un bidule. Et ça continue pendant un moment, si bien que ses muscles se crispent un peu. En dedans, il est loin de gagner la guerre, il se fait laminer puissance tornade.

Il saigne.

Et c'est étonnant qu'il y ait encore un peu de vie dans des veines aussi diaphanes. Il inspire profondément, garde un rictus discret et baisse ses iris sur les cartes.
- Dans ce cas... Disons que je m'attends à rien pour que je puisse me décocher la mâchoire quand je le verrais. Sa main scrute, vole au-dessus des quadruplés qui attendent qu'une chose : un futur. Un présent peut-être. Une révélation.

Première.
- Le soleil.
Seconde.
- Le pendu.
Troisième.
- L'étoile.
Dernière.
- L'arcane sans nom.

Et dans son crâne, c'est une étincelle qui s'embrase d'un coup, qui détruit tout sur son passage et lèche les organes pour les réduire en cendres. Il laissera derrière lui qu'une traînée de poudre. Il analyse, désigne, fait son histoire.
- Je vois pas d'images. Je suis qu'un lecteur, j'interprète. D'avance, il s'excuse à moitié de le décevoir. Le soleil, c'est ta carte. Le soleil c'est ta personnification, c'est ton élément le plus proche. Et t'as pas peur de te cramer, t'aimerais sans doute t'y fondre que ça m'étonnerait pas. Le fil est pas concret, pas clair. Il voit pas de bicoque sur la plage, ni d'enfants, ni de môme qui court après un clébard. Très simplement, le pendu signifie que t'es soumis à quelque chose, que tu peux pas t'en séparer. Que t'es coincé. Que même tes illusions les plus grandioses pourront rien y faire. T'as la tête à l'envers, une araignée au plafond si tu préfères. Il prend la carte soleil, la lui glisse dans la main. Bouge plus. Devient statue. T'es impuissant. Mais l'étoile, elle, elle me dit qu'un bonheur peut se pointer, peut t'aider à couper la corde qui te retient suspendu et c'est là que vient l'arcane... Paf. Changement. Évolution, distorsion. Le pendu que tu es pourra de nouveau marcher. Mais pas avant.

Le bout de sa langue glisse sur sa lèvre inférieure, enlève le sang. C'est ferreux. Dégoûtant. C'est pas pareil que celles de Gauche. Elles sont sucrées les siennes.
- Tu dois te débarrasser de ce qui te trotte dans la tête, de ce qui t'empêche de dormir la nuit. De lui.
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Gauche


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Dim 22 Jan - 22:47

Tu aurais mille fois pu te briser le cœur sur les récifs des autres, parce que tu attires la foudre et le tonnerre et la douleur autant que les rires. Tu aurais pu mille fois te décomposer, désagréger, évaporer, une infinité de particules retenue par ta peau, un ballon gonflé de tendresse plutôt que d’air. T’es ridicule, Gauche. T’es ridicule parce que t’es qu’un menteur, t’es ridicule parce que t’entendras jamais ce que tu veux entendre, t’es ridicule parce que tu tends des mains désespérées vers des gens qui ne veulent pas les prendre, t’es ridicule parce que tu regardes Ringo et que y a quelque chose qui te fait peur et que c’est un peu, une étincelle ou bien une flamme ou bien un incendie et que tu te voiles la face, encore et toujours, que tu te voiles la face parce que tu mens et qu’il ment et que tout le monde ment, enfermés dans votre bulle, à répéter encore et encore le même numéro de magie ou d’illusion ou peut-être de danse, à une distance de bras du corps à corps, à tanguer sous la houle, inquiets et angoissés. T’es ridicule, Gauche, t’es ridicule parce que tu regardes ce type et que tu mens et que tu dis la vérité en même temps, ridicule parce que tu lèches ton pouce souillé de ton sang alors qu’il détaille, construit, analyse, alors qu’il bâtit un futur où tu aurais besoin d’avancer, alors qu’il te raconte des trucs auxquels tu pines que dalle parce que c’est un avenir dont tu veux pas, que tu connais pas, que tu comprends pas. Il se plante, le voyant, s’il pense t’apprendre quelque chose, il se plante, s’il pense te pousser ou t’envoyer loin ou te libérer, il se plante et c’est tellement violent et tellement aberrant que tu restes un instant en suspens, le doigt entre les lèvres à le regarder comme s’il avait raté un bout de l’histoire qu’il vit, comme si t’avais mal compris ce qu’il avait dit.

Peut-être que t’as mal compris, dans le fond. Peut-être que t’as mal compris, les nuits à coller tes mains sur sa peau pour y dessiner un monde meilleur, les nuits, les yeux mi-clos, à contempler le plafond étoilé de ta caravane, les nuits à rêver d’être heureux à deux plutôt qu’heureux tout seul parce que c’est trop simple, ça, être heureux tout seul, trop simple et pas assez révolutionnaire, trop simple et trop égoïste te que ça ne te ressemble pas, ça, Gauche, ça ne te ressemble pas de penser à toi et de fuir, de te détacher comme il dit et de foutre le camp, ça te ressemble pas, toi t’es de ceux qui crament, de ceux qui flambent, de ceux qui luttent et qui s’accrochent et qui s’attachent, parce que c’est comme ça que tu vis et que aimes et que tu envisages ta vie, pas comme ça que tu veux donner du bonheur aux autres. Tu plisses le nez.

« Elles sont niquées tes cartes. » tu fais la moue, étire les jambes, de part et d’autres du banc, te penche vers lui pour coller ton front contre le sien, fixer l’intérieur de ses yeux, directement et sans détour, comme si tu cherchais à décrypter un code. « Elles prévoient pas mon élevage de lapin quelque part loin. » tu blagues, tu plaisantes, tu passes une main au creux de son cou, t’écarte, comme pour prendre son pouls. « Je suis libre. Je dois rien. »

Et encore moins le laisser, et encore moins partir, et encore moins
céder
craquer
abandonner
face au destin qu’il lui balance à la gueule, mensonge et crainte et hasard.

« Tire quatre cartes. » tu lui lances. « C’est à moi de faire des prédictions. »
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Ringo


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Dim 22 Jan - 23:30

Alors c'est ça. Le résultat qui est offert pour un petit moment de vrai. Une vérification véridique qui aurait pu réellement l'aider. C'est donc ça. Pas vraiment de la moquerie, juste une déception de pas avoir des paillettes pour édulcorer toute la prédiction. Il repince sa lèvre, s'enfouit dans son pull trop grand et baisse les yeux l'espace de quelques secondes. La nuit tous les chats sont gris. La nuit les choses sont plus les mêmes. Gauche resplendit moins, ou alors de façon totalement différente. Là où la fadeur du voyant devient étrangement plus lumineuse. Et il s'en rend compte. Il sait pas pourquoi il veut rester ici, sous les étoiles à subir la continuité des nuages. A se voir. A se parler. A faire comme les gens normaux font à Gris ; causer, se fumer un joint, se défoncer, ou tout simplement roucouler sans foi ni loi. Y'a trop de choses qui vont pas ce soir, et à l'intérieur c'est un bruit sourd qui frappe contre ses tympans. C'est répétitif, c'est à mi-sale, c'est anxieux, c'est nerveux. Il essaie de pas le montrer. Faut pas que ça se voit ni que ça se déploie, il passerait pour un rabat-joie, pour un chieur qui profite, pour la nymphomane du coin qui sans sa dose, menace de se jeter du haut d'un pont. Il recommence, il saigne un peu plus à chaque morsure qu'il s'inflige. Quitte à ce que personne ose le faire, quitte à ce Gauche assène pas de poing, autant se résoudre avec soi-même. Il sait pas trop quoi dire. Il a juste la lourdeur qui vient s'écraser dans son ventre. C'est une boule de noeuds qui rend ses jambes statiques.

Alors que.

Alors que dans le fond, il pourrait tout régler en le chopant par la nuque, en scellant l'incongru, en commettant le rituel sacré mis en place il sait plus trop quand. Des jours, des semaines, des mois, des années. Son passé c'était qu'une page avant Gauche, son passé c'était que du temps gaspillé. Maintenant il saurait pas dire si ça vaut le coup. Il essaie. Il se persuade. Il se shoote. Et le magicien recommence à tout briser, le miroir reflète plus une image nette, elle est déformée et ça lui plaît pas. Pas autant qu'il le voudrait. Il obéit sans broncher, prend une carte d'abord.
- T'es pas libre. La liberté c'est un concept. La liberté c'est une chimère. On est tous pareils, enchaînés à quelque chose. La deuxième. Ou quelqu'un. Haussement d'épaules. La troisième. Mais c'est bien, t'es optimiste. Tirade d'un sourire léger qui se dessine au crayon à papier. La quatrième, sans fléchir, gardant dans son sillage ce visage entouré de cheveux en bataille.

- Je t'écoute.
Bouge pas. Devient de marbre, de porcelaine, d'autre matière que celle des cauchemars ou des rêves. Puis passe le dos de sa main blanche contre sa bouche, enlève la goutte écarlate. La garde au cas où. De quoi dégager sa seule cassure.
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Gauche


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Lun 23 Jan - 14:54

Parler à Ringo, c’est traverser un champ de mines ; les premières sont placées de façon évidente, motif depuis longtemps usé sur lequel tu ne te fais plus sauter depuis longtemps, motif que tu as appris par cœur après de longues nuits sans sommeil, motif dans lequel tu navigues, pas à pas, les yeux clos, qui ne te fait plus peur parce que tu ne sais plus bien ce qu’est la peur, qui te rassure presque, lorsque tu en frôles une d’un peu trop près, parce que rien n’a changé. Parler à Ringo, c’est traverser un champ de mines : plus loin tu vas et moins tu sais, plus loin tu vas et plus lent tu es, plus loin tu vas et plus les cratères sont aléatoires et étrangers, mines encore intactes, pas explosées alors que tu tentes de te frayer un chemin sans te faire exploser aux douleurs d’un autre, alors que tu tentes de l’atteindre sans tout déclencher, pour refermer tes doigts sur lui et l’attraper, pas l’obliger à rester mais lui dire qu’il y a possibilité, comme un mot magique, lui dire tu peux, tu peux, tu peux
être heureux
rester contre moi
arrêter de t’enfuir
tu peux, tu peux, tu peux
compter sur moi
et passer tes bras autour de moi
et plus jamais avoir à partir
C’est égoïste et tu le sais, égoïste peut-être parce que les angles de tes désirs peuvent écorcher les autres, parce que ton affection a la forme de menottes pour quelqu’un qui est taillé pour fuir et que tu le sais, amer et conscient, que peut-être que tu te leurres, que peut-être que Ringo est juste comme ça, un courant d’air et un coup de vent, un courant dans la mer qui te rabat entre ses cuisses encore et en corps. Peut-être, c’est quelque chose auquel tu penses, souvent, une pensée récurrente qui plante des épines dans ton estomac parce que tu aimerais autre chose mais que tu ne peux pas renoncer à ça, parce que tu as vécu mille vies et raconter mille mensonges mais que tu te sens en vie quand il te regarde, mais que tu te sens mieux quand il tend la main vers toi. Tu fermes les yeux, une seconde, pour dissimuler tes divagations. Tu fermes les yeux, une seconde, pour éviter de montrer ton coeur qui bat à briser le monde contre tes tempes. Tu fermes les yeux, une seconde, et puis tu parles, parce que c’est ce que tu fais de mieux, trompeur, bonimenteur, menteur.

« Peut-être que tu vois les choses en teintes de noir et blanc, Ringo. » tu lui réponds, en laissant les cartes devant toi, pour choisir celle que tu tireras en premier. « Peut-être que je trouve ma liberté dans le fait d’être attaché à la bonne personne. » tu retournes la première, la Lune, et tu renifles face à tant d’opposition. « Peut-être que j’ai noué les nœuds moi-même et que je n’ai pas besoin de les défaire pour avancer. » deuxième carte, la Maison-Dieu, tu inclines la tête, te demande quelle histoire tu pourras bien raconter alors que tu retournes la Tempérance et le Diable, te frotte le menton, pensif et absent. « Une analyse, Ringo ? » tu lui demandes, les yeux relevés vers lui, une seconde, alors que tu effleures du bout des doigts les cartes, une trace d’amusement dans le regard. « T’es un rêveur, un menteur, un illusionniste, quelque chose d’un peu trompeur parce que tu te tiens toujours suffisamment loin pour cacher tous les trous et toutes les failles et tout ce qui montre que peut-être tu te casses la gueule, c’est triste mais c’est comme ça, t’es comme ça, lumineux dans la pénombre avant de fuir aux premiers rayons. La Maison-Dieu, c’est la cata, y a tout qui se pète la gueule, y a tout qui s’effondre et merde, ça fait flipper, tu vois, parce que tout se désagrège et se désintègre et que c’est pas cool parce que personne veut que le sol se pète sous ses pieds et que les fondations ont peut-être pas été bien pensé, c’est là que y a la Tempérance qui poppe, vieux, parce que la Tempérance elle a la classe, elle est sympa, la Tempérance, elle aide à réparer et à chais pas, boucher les trous, adoucir les angles mais pour ça elle a besoin de son pote le Diable. » tu marques un temps, tu fixes la carte. « Tu sais, il a une sale tête le Diable mais dans le fond je pense qu’il est pas mauvais. C’est un type sympa, il veut aider à boucher les trous, mais il a des méthodes cavalières, il pousse, trompe, ment, mais fait avancer. C’est un peu un arnaqueur, lui aussi, mais il a vraiment très envie que t’arrêtes de stagner et de te planquer. »

Et t’es peut-être trop honnête, Gauche, alors t’hausses les épaules, tend les doigts pour effleurer ses cheveux avant de lâcher, l’air paisible :

« Ou peut-être qu’il a juste envie que t’ailles aider ouvrir un élevage de lapins. Va savoir. »

Mensonge contre mensonge et demi-vérités qui planent et qui traînent et qui écorchent, t’as les yeux dans les siens comme en attente du couperet.
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Ringo


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Lun 23 Jan - 20:10

Sa grande illusion. Sa pièce maîtresse c'est ça. Prendre la place d'un autre, celle qui lui appartient pas et déverser des codes autres que ceux qu'il connaît. Faut dire qu'au moins, ça a le don de laisser le voyant sur le cul qui préfère garder mine fermée plutôt que de laisser transparaître trop de choses. Bien sûr que ça ferait trop plaisir à Gauche, et bien sûr qu'il saurait. Qu'il saurait que se passer de lui, c'est pas pensable, c'est pas possible, c'est pas vrai. Un quotidien sans lui ça vaut plus que deux sous, c'est pas magique, c'est pas fantasmé. C'est trop vrai pour Ringo. Alors il se tait, il écoute, il réfute à l'intérieur tout ce qu'il raconte parce qu'il sait pas trop s'il veut ou non. La fuite c'est comme un état second, c'est une nature qui le possède plus que de raison. C'est un animal qui sait pas rester chez son propriétaire, préfère les longues balades d'une semaine plutôt que de revenir à une heure précise à un tel moment. Il est pas stable. Il l'a jamais été. Il en a sans doute conscience, mais il veut pas l'assumer. Il peut dire des tas de choses. Qu'il se met volontiers à quatre pattes. Qu'il vole son entourage. Qu'il raconte des bobards. Qu'il sait plus trop qui il mate dans le reflet du miroir. Qu'il boit, qu'il fume et qu'il est un peu suicidaire parfois. Il dira jamais cependant qu'il vit maintenant. Y'a une autre dimension entre ce qu'il voit et ce qu'il pense. C'est joué d'avance. Sauf qu'il oublie le facteur humain, et que celui-là le fout souvent dans des merdes pas croyables. C'est celui qui rattrape Gauche, c'est celui qui le rend plus radieux encore. Il est beau. Beau avec son asymétrie, sa barbe mal taillée et sa tignasse de lion en cage. Beau avec ses cicatrices idiotes, avec ses rires constants, ses sourires tirés jusqu'aux orbites.

Il s'enflamme. Il s'embrase seul.

Il l'écoute presque entier, décortique tout ce qui peut le rendre plus grand. Ils sont pas doués. Ils sont ridicules. Il a envie d'en rire à s'en faire péter les cordes vocales, de glousser à en faire spasmer toute sa carcasse maigrelette. A la place, il sort son paquet de clopes de sa poche, hoche légèrement la tête puis une fois la cigarette sortie, il la glisse à ses lèvres. C'est à ce moment là que le point final s'exécute. Brutal. Gauche il doit s'attendre à une effervescence, un aveux, une excuse. Une illumination. A la place le briquet fait jaillir une étincelle, il allume le bâton de cancer, tire une taffe, la souffle par le nez semblable à un dragon endormi.
- Ding, putain de dong. Le sourire s'efface, le sourire s'en va vers d'autres rivages. La main libre, elle, elle préfère passer sur la mâchoire du nouveau diseur de bonne aventure, et ses doigts retracent à la ligne l'ossature. Branlante. On dirait des montagnes. C'est imparfait. T'es mauvais en sous-entendus. T'es pire que moi.

La cendre volette, la braise s'entretient au bout de sa bouche. Souffle. La vapeur se mêle aux effluves gris.
- Je suis pas croyant. Un temps. Mélodramatique. La main fine s'arrête, vient passer dans sa nuque, caresse la naissance des cheveux sombres. Mais si le Diable me veut, il a qu'à me trouver. Troisième latte. C'est au lance-pierre, même s'il expire tout le plaisir de l'univers à s'encrasser les poumons. Pas sûr que tu ferais un bon démon, je te vois mal avec des cornes et un esprit profondément mauvais. Il se rapproche, se penche, front contre front, serre la peau qu'il a sous la main, la chaleur passe d'un squelette à un autre. T'as tout fait foirer. Murmure. Craquage. Pression sur ces foutus lèvres. Baiser volé d'une seconde peut-être.

Puis il se lève. Poussé par l'adrénaline, il fixe ses docs poisseuses qui sont sûrement plus vieilles que lui. Il regarde l'horizon, puis le ciel, puis tout retourne toujours vers le magicien. Son magicien. Frisson de partout, la chair se réveille, la chair veut, mais la chair sait que ce soir c'est pas un soir comme les autres. Il laisse tomber la clope pas terminée, l'écrase d'un mouvement brusque avant de s'inventer par les ombres, une arme à feu qu'il se colle sur la tempe - comme les enfants, sauf qu'eux, ils se tirent dessus.
- Boucher les trous. Quels trous ? Y'en a partout. C'est plus étanche. Et peut-être qu'à Gris faut ça, un peu de rouge, un peu de rose, un peu de reste de cervelle de ce qui est là-dedans. Il enclenche. Bang. Il sature. Rature. Il s'énerve pas Ringo. Jamais. Y'a juste un bug dans la matrice. Fais chier. Et son bras retombe le long de son torse, vient atterrir sur sa cuisse.

Il a gaspillé une cigarette. Et son âme avec.
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Gauche


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Mar 24 Jan - 16:26

Gris qui pleure et Gris qui rit, Gris qui hurle et Gris qui sommeille, des fantômes et des fantômes et des fantômes de passants sans visages, le bout des doigts noir et blanc alors que la vie défaille. C’est progressif et terrible, ça commence aux extrémités, nécrose de la couleur, l’apathie malsaine qui dévore et qui déraille, qui s’infiltre et qui s’agite, qui contamine, la garce, niche dans les cœurs, ronge le rouge et le bleu et le jaune jusqu’à ce que tout se ressemble, jusqu’à ce que tous se rassemblent, un patchwork monochrome de gens qui ont oublié comment rêver. Ringo tremble ; tu restes muet. Tu ne pensais pas assister à un effondrement, ce soir, tu ne pensais pas grand-chose en réalité, à part peut-être un peu de n’importe quoi, t’asseoir sur ses genoux et l’embrasser contre le tronc de l’arbre, lui faire inventer des histoires improbables où le soleil et la lune ne serait pas aussi lointains, créer un monde sous ses doigts où tout serait un peu moins difficile à vivre, où les angles seraient moins douloureux et les bleus plus vifs, un monde où vous pourriez exister sans avoir envie de vous mordre, sans avoir envie de pleurer. Tu ne pensais pas le voir se tendre et encore moins se lever, tu ne t’attendais pas au baiser qui n’a de baiser que le nom, amer et acide, un bonbon citron vert et pamplemousse tout au fond de la gorge alors qu’il balance sa cigarette, t’accuse, t’accuse, et tu ne peux que le regarder.

Il est beau, Ringo, avec la lune dans le dos et cet air fatigué, il est beau et tu tends les jambes en attendant qu’il ait fini de parler. Bien sûr, que ça fait chier, que tu fais chier, que tu fais tout foirer, parce que t’as trop de vérité entre tes deux mensonges, parce que ça fait longtemps que tu sais qu’on peut pas parler entre menteurs sans livrer un bout de vrai, fulgurance, coup de feu, âme contre âme, corps-à-corps, encore, alors que les histoires s’étendent et se rallongent, que les détails se mêlent et s’emmêlent. Ringo a une arme à feu dans la bouche et tu voudrais l’embrasser, dents, lèvres, langue et salive, quelque chose de
carnassier
charnel
et sale
les mains tendus pour l’attraper et pour l’empêcher de reculer, pour lui dire que tu es là, là, là, et qu’il ne peut pas l’ignorer, que t’es là, putain, fais chier, là, là, là, et qu’il peut fermer les yeux tant qu’il le souhaite qu’il n’a pas fini de s’échapper. C’est ce que tu fais, au final, détente dans les jambes alors que ton corps se fracasse contre le sien, attrape ses cheveux, emmêle tes doigts, parce que ta bouche percute la sienne et que c’est comme une explosion, dynamite, putain, TNT, tu soupires, les dents contre ses lèvres pour y goûter le sang, aucune douceur et aucune poésie mais une putain de grosse dose de réalité qui ne te ressemble pas. Tu vis pas là, toi, pas dans la réalité, pas dans le monde des communs. Il est réel, pourtant, ton baiser, pas amer et pas acide mais pas éthéré non plus, piment et tabasco et ta langue contre la sienne, jusqu’au dernier moment, où tu le relâches, la mâchoire serrée et les yeux dans les siens, parce qu’il peut refuser de rester mais pas de te regarder.

« On s’en fout de quels trous. » et t’es putain de prétentieux dans ton assurance. « Qu’est-ce qu’on en a à carrer de quels trous ? On est tous des putains d’épaves, ça empêche pas de balancer l’eau par-dessus bord et de coller un putain de pansement sur les brèches. Ça empêche pas de tenter. » tu recules et tu shootes dans le mégot qu’il a écrasé, chasse la fumée qui remonte, chasse le tremblement de terre qui commence à t’agiter, spasme et vague, parce qu’il entrave rien à ce que tu lui racontes et que tu sais pas lui expliquer. « Y a pas de rouge à Gris. Y a que des putains de mecs qui savent pas relever la tête et qui passent leur vie à attendre. Si t’as du rouge, c’est que y a encore quelque chose. La plupart des gens ici pensent en nuance de terne. »

Tu avances, d’un coup, heurtes ton front contre le sien, quelque chose comme un incendie dans le regard.

« Je viendrais te trouver encore et encore, j’espère que tu le sais. »

T’en as rien à carrer, toi, de la subtilité.
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Ringo


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Mar 24 Jan - 18:28

C'est moche. Bien sûr que c'est moche. C'est laid, c'est horrifique, ça part dans du n'importe quoi, c'est pas net et c'est tellement flou qu'un photographe pourrait rien y faire. C'est un polaroid qui fond en plein soleil, c'est un brouillon qui brouillonne encore, macère dans un coin en attendant la version finale, c'est un moment raturé à l'encre. Pas de quoi faire une peinture, ni une inspiration. C'est. C'est comme ça. C'est comme c'est. Et ça vaut ce que ça vaut. Tout ce que ça fait sur lui, c'est que ça s'effondre, c'est que ses organes flottent un à un, c'est que ses os s'entrechoquent, c'est qu'il pourrait en faire un foutu malaise ridiculement stupide. C'est comme ça que se font les choses, les vraies choses.

Pas les surfaces trop lisses.
Pas sa gueule-chirurgie.

Pas dans les bouquins. Y'a un côté grisant, presque flippant. Parce que c'est pas comme dans le carnet à musique, les notes s'embarquent dans des délires qu'il arrive pas à gérer. Il a pas les mains dessus, Ringo et ça l'angoisse, ça l'angoisse plus que de raisons. Parce qu'il veut pas que ça change, que ça bouge, il veut que ça reste dans la glace et que même au moment de crever, il dira rien. Il l'aura close, cette bouche. Pas ouverte comme maintenant, pas encline à des tremblements à échelle planétaire, pas sous l'emprise d'une autre. Il est aussi libre que lui, y paraît. Mais y paraît beaucoup de choses dans ce monde, et il veut plus se donner le crédit de donner trop d'espoirs aux saloperies.

Il a les paupières closes.

Il s'enfonce dans la terre, il fait présence, il fait prestance et ça lui file le tournis, ça lui donne envie de s'assoir ou d'oublier sa nature humaine. Tout ça, ça, ça, ça. Il est là, dans le présent, dans le vrai présent, dans le présent qui mâche et recrache, qu'il adoucit avec quelques mains volages, quelques cartes truquées. Soupir. D'aise, ou de désespoir. Il a du mal à faire la différence maintenant. Il a pas fait gaffe, mais ses doigts se sont calés sur ses hanches, tiennent le tissu de la veste avec cette même force qu'un condamné à mort.
- Je sais. Et c'est pour ça qu'il tire le fil jusqu'à ce qu'il se brise et les perde dans le labyrinthe. C'est pour ça qu'il garde un coin de sourire trop parfait. Pour faire mal, peut-être. Pour détruire, sans doute. Pour s’enivrer, éventuellement. Il ricane à nouveau, ça s'éteint à la fin de sa gorge et ça continue de serrer le magicien quitte à faire des trous dans son fringue. Encore des trous, hein. T'es un aimants à cas. Ou quelque chose du genre.

Baisse les iris, regarde ses chaussures. Ses lacets sont pas bien serrés, ils vont se défaire et il tombera suite à une course effrénée vers les étoiles. A moins qu'il empile des tas de cartons - faut dire que ça, c'était leur idée à l'époque, c'était une alternative à la fusée qu'était moins drôle à piloter, c'était avant l'adolescence, c'était avant. Avant qu'il voit les ruines.
- On devrait te décerner une médaille, te filer un trophée, t'offrir de l'argent pour t'acharner autant. C'est pas humain, c'est pas possible. Tu viens de Pluto ou de Saturne, ou d'un coin pas exploré encore. Chiale. Il pourrait. Il pourrait. Il retient tout. Y'a juste ses deux billes qui brillent, qui continuent de détailler la terre. Tu fous quoi avec nous ? Pauvres mortels à la con. Il rit à nouveau, plus franc, plus gamin, plus déboussolé encore. Putain. Pause. Il recherche l'air que Gauche lui a volé. T'es qui, en fait ?

Tête redressée. Y'a pas des diamants qui sortiront du creux. Ni des perles. Encore moins de l'eau. C'est juste que c'est au bord de la cascade, que ça pourrait d'un coup tout noyer sur son passage, lui faire perdre de son calme légendaire, de sa pseudo-superbe. Il préfère se cacher. D'un coup ses bras s'enroulent, se calent dans son dos. Il serre. Serre si fort. Pour casser ou réparer, pour fusionner.
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Gauche


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Sam 28 Jan - 12:31

Longtemps, t’as vécu dans la caravane la plus proche des voies ferrées. De la fenêtre, tu voyais passer les trains, un deux, qui s’en vont, qui s’enfuient, qui partent voir si ailleurs le monde est plus bleu. De la fenêtre, tu voyais passer les vies, cent, mille, qui se pourchassent et s’entrecroisent, le front contre la fenêtre, lancé à des kilomètres heures sur les rails. Longtemps, t’as vécu là à te demander, si c’était le bruit qui te gênait, ou bien les pensées, tout ce qui s’agitait, le vacarme qui s’échappait de tous ces échappés, de ces voyageurs sans noms et sans visages, qui ne pouvaient pas s’empêcher de rêver. Maintenant, tu sais. Tu regardes Ringo, et tu sais, parce qu’il pense trop fort et parce que ses pensées t’égratignent, parce qu’il cingle et balance et s’accroche, parce qu’il a une mitraillette dans la tête et que tu as sur le front une cible, parce qu’il a ses ongles accrochés à ton pull et que tu sais que vous avez atteint le point de bascule, celui où il parle et où il se livre et les mots se percutent et te percutent comme les songes de ces passagers de la vitesse, parce que tout s’enchaîne et que tout se bouscule et qu’il te serre dans ses bras comme on serre la dernière bouée en mer et que tu le serres dans les tiens comme s’il était ta dernière source d’oxygène et il est
tellement ça
et tellement plus que ça
tellement improbable et
inexplicable
comme un funambule sur le fil du rasoir, quelque chose de beau et de dangereux à la fois et tu enfouis ton nez dans ses cheveux et une main dans ses cheveux, à caresser et à chercher, comment le rapprocher, encore et encore, pour le saisir et l’attraper et ne plus le perdre, pour être ancre et quai et point d’amarre, le laisser s’éloigner et repartir, encore et encore, mais lui dire qu’il est là, là, là, qu’il peut revenir, qu’il y a de la place et qu’il y en aura toujours, qu’il peut tendre la main et la tendra encore, qu’il est un point fixe sur son rivage. T’embrasses le sommet de son crâne, son front, sa tempe, te penches, te tords, presses tes lèvres au creux de son cou pour sentir le pouls qui pulse, qui bat, effleurer des lèvres le tracé de sa mâchoire, et tu abuses, et tu sais, et tu sens, et tu t’en fous, parce qu’il est dans tes bras et que tu as l’impression de planer à cent mille, parce que tu le serres et que tu as l’impression que vous êtes deux plaques tectoniques qui se rencontrent enfin.

« Je sais pas. » tu hoquettes et tu réponds. Tu sais pas ce que t’es, t’es juste toi, t’as jamais été que ça, t’es Gauche, avec des étoiles plein les yeux, des rêves plein les poches et des semelles ailées, t’es Gauche, avec ton coeur qui bat et tes mains maladroites et ta bouche contre sa peau, t’es Gauche, gauche Gauche, les yeux clos à te demander comment répondre à ça, magicien sans bonne fortune, l’optimisme au bout des lèvres, la fatigue au bord du cœur. « Je suppose que je suis juste ça, rien de plus, rien de moins, tu peux pas te planter sur la marchandise, je suis un putain de terrien, Ringo, j’ai pas de rêves à vendre, j’ai que des trucs à offrir, je prends rien et parfois je donne, des fois je me moque de toi et des fois je t’offre des fleurs, je suis pas plus que ce que j’ai l’air. Je suis juste terrien, j’ai pas traversé l’espace mais si j’avais dû, je l’aurais fait, et j’aurais atterri ici quand même et je serais venu pour toi. »

T’as envie de le mordre, pour qu’il arrête de te coller sur un piédestal situé dans une autre galaxie, envie de planter tes dents dans son cou pour lui dire que t’es là, que t’es réel, humain, et tu presses tes doigts au creux de ses hanches avant de les remonter le long de son dos pour sentir ses vertèbres, suivre du bout des doigts la colonne vertébrale qui le tient entier, parce que c’est ce que tu fais, souvent, quand vous êtes nus et à court de mots, quand vous êtes enchevêtrés et plus certain d’où commence l’un et d’où finit l’autre, front contre front, et sans respiration, le souffle coupé et les yeux clos.

« Je veux pas de médailles. » tu souffles, finalement. Tu hésites, oscilles, chancelles, articules ce que tu désires, vraiment : « Je te veux toi, souvent. »

T’as rien d’autre à ajouter, dans le fond.
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Ringo


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Lun 30 Jan - 12:05

Parle.
Parle, parle, parle, parle encore. Il parle beaucoup Gauche. Il a pas confiance en ses mots, il sait plus trop ce qu'il dit, mais il parle quand même. Quelque part c'est sa force, quelque part c'est sa plus grande arme et la plus grandiose que le voyant ait jamais vu. Elle sait attaquer, elle sait se planter dans la chair et plus partir, elle sait se faire tatouage aussi. Laisser quelques traces noires, ici, là, ou encore là. Il allie le geste à la parole, il rend sa présence encore plus indispensable. Dans le fond Gauche, c'est un peu sa déclaration de dépendance, signée, cachetée et envoyée à l'état le plus rapidement possible. Pourtant personne le saura sauf lui, personne sera au courant sauf le concerné qui voudrait peut-être remettre sa main sur ce papier pour le déchirer. Mais il oublie, oublie fort en sentant la bouche parcourir sa peau, en sentant l'air accompagner ses frissons, en sentant ses yeux partir en arrière sous l'impulsion d'une envie coupable. Coupable. De quoi le foutre en taule jusqu'à la fin de sa chienne de vie, de quoi le mettre sur la chaise d'électrique.
Il en crèverait bien.
Il en crèverait bien de tout cet amour qui lui tombe dessus comme une avalanche, sans même donner un préavis, sans lui offrir le bénéfice du stress ou de la terreur. Il est en plein dedans, il nage, se perd. Et là de suite il a la sensation d'avoir laissé trop de nuits dans sa caravane à regarder le plafond aux étoiles peintes. Sans doute que ça lui manque, là, tout de suite et qu'il préférerait rigoler un peu en sa compagnie plutôt que de retenir des larmes qui brûlent. Elles sont acides. Elles sont pas aussi sublimes que des vraies. Serre, serre. Serre. Et brise. Brise. Brise. Parce que tout ce qu'il baragouine ça fait trop mal, ça plante ses griffes dans un coeur essoufflé, dégoûté. Tout ça, ça essaie de le récupérer pour y ajouter un petit moteur.

Il ravale.

Reprend un peu de sa manière habituelle. Il pleurera pas Ringo ce soir. Il se l'interdit. Il veut pas, pas devant lui. Seulement dans un coin, dans la pénombre où il viendra pas l'irradier, le mettre devant sa propre réalité. Ricanement sec. Marque de fabrique dont il se défait pas, qui fait charme ou décharme qui désarme.
- Tu ferais mieux de trouver quelqu'un de mieux. Quelqu'un de bien. Molly elle est jolie, en plus de savoir garder les manèges, elle jongle et elle a un chien. Il est cool son chien, même si je sais plus son nom. Silence, qu'il dégueulasse d'un autre murmure. Lisa qui maquille très bien, pas besoin de masque avec elle, elle te rend comme tu veux. Elle te change. Elle te modifie. Si tu veux être un tigre t'en sera un. Si tu veux être un pirate, c'est tout pareil, et son sourire il est gigantesque. Elle le fait plus que lui, ça doit être pour ça, ça explique tout mieux. Il inspire, inspire son parfum, se délecte de l'odeur du café froid, de la clope brûlée, de la poudre de perlinpinpin. T'aimes bien perdre ton temps au final, Gauche. Soupir d'aise. Ses ongles continuent d’agripper le pull. Mais je t'en veux pas. C'est pas un défaut. C'est mieux que ça.

C'est plus précieux.

Recule un peu le voyant, ravale toute sa rancoeur, tout son désespoir à taille moléculaire.
- C'est - ça permet des trucs comme ça, comme ça, là, ici, là et pas ailleurs. Ici, là, là, et encore là. Parce que perdre son temps c'est être là, pas vrai ? Perd un peu la boule, sent les picotements au bout des doigts. Rire. Un éclat franc, candide à gorge bien dévoilée. Ouais, être là. Recule un peu le voyant, enroule ses doigts osseux autour du poignet du magicien. Pas la main, ça fait trop gamin. Eux, c'est plus puissant que ça, pas vrai ?
- Mais j'ai pas envie de rester là, fait froid. Et j'ai pas envie de geler, de mourir là précisément à cause du froid.

Surréaliste.
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Gauche


MessageSujet: Re: tricher coûte un prix, aussi x ringo   Sam 4 Fév - 15:15

T’as les oreilles qui bourdonnent, abeille ou guêpe, frelon peut-être, les insectes de tes pensées accrochés quelque part dans ton crâne, qui vrombissent, frémissent, trépassent, suspendus à ses lèvres lorsqu’il assène le coup de grâce. T’as connu beaucoup de bourreaux, dans ta vie, t’as connu ta mère et t’as connu ton père et t’as connu ta famille, le sourire de ta cousine Madeleine quand elle dansait baignée par la lumière de l’été, les pieds nus alors que les insectes sur le sol sec fuyaient. T’as connu les rires cruels et la joie en couteau, tes parents qui te laissent partir avec tes vêtements sur le dos, ton sac vide et tes rêves plein les poches, tes yeux tournés vers l’aventure, ferme la porte, disparaît la maison, s’évapore le reste comme une pluie de paillettes, un tour de passe-passe en trois temps auquel tu aurais aimé ne jamais assister. Tu as connu beaucoup d’assassins, beaucoup de meurtriers, beaucoup d’exécutions, beaucoup de guillotine, de requins en habits d’hommes ; tu en as connu beaucoup trop, dans le fond, peut-être que ça t’a changé, peut-être que ça a modulé tes perceptions. Tu en as connu trop, dans le fond, et puis Ringo t’es tombé dessus et tu n’as plus rien su du tout.

Il a trois mots sur la langue et ton destin comme un pastille au bord des lèvres, qui roule et s’enroule, fond dans les tréfonds, s’évapore, et tu restes en suspends, grand roi de l’apnée, putain de con que t’es, respiration coupée et les yeux rivés sur lui à attendre une réponse qui ne viendra pas, qui ne vient jamais, qui ne lui ressemblerait pas, que tu n’aimerais pas. Il y a une cascade dissimulée quelque part derrière son visage et tu n’oses pas tendre la main pour l’atteindre, alors que tes doigts le relâchent, un par un, comme par peur de laisser s’échapper en mille morceau sur le bitume, un patchwork de verre et de douleur éclaté en mille morceaux sur le goudron crade. Un instant, tu restes coi lorsque ses doigts t’agrippent, lorsqu’ils s’enroulent autour de ton poignet. Un instant, tu oublies que tu as une voix, envolée, échappée, capturée, comme par crainte de briser l’instant ou le moment et tout ce qui se dégage, tout ce qui s’enroule, autour de vous, une once de magie quelque part à Gris, quelque chose que tu n’as pas
inventé
provoqué
créé
de toute pièce pour les crédules et les rêveurs, pour tous ces gens aux yeux trop grands.

« Ringo. » tu interpelles et tu attrapes le dos de son pull, pour le forcer à te faire face, pour le forcer à se retourner, pour le forcer à t’écouter, encore une seconde, encore une minute, encore un moment. « Il fait plus chaud, dans ma caravane. » Et c’est une proposition mais pas de celles que vous échangez habituellement, entre deux cigarettes, fumée, bouche contre bouche, c’est une proposition, mais une plus lourde encore que celles chargées de tensions sexuelles que vous exsudez généralement, c’est une proposition qui dit, reste, reste, reste, encore un peu, cette nuit, quelque part dans mes bras, il fait chaud chez moi, chaud, chaud, chaud, tu n’auras pas froid. Tu tires sur le pull pour l’attirer en arrière, appuie ton torse contre son dos et tes lèvres contre son cou, fugace comme un coup de vent, quand tu te détaches déjà, battement de cœur, de cils, un tempo un peu trop rapide pour être saisi au bon moment. « Il n’y a personne de mieux, tu devrais le savoir depuis le temps. » Parce que ça fait longtemps, Ringo et lui, que ça fait deux décennies à grandir et à tourner, à changer et à se retrouver, à retomber et à se fracasser, deux voitures à pleine vitesse, deux toupies qui se percutent, parce que ça fait longtemps, beaucoup trop longtemps, parce que tout a changé, petit à petit, mais qu’il a fini par accepter, parce qu’il a vu Ringo et qu’il a su, comme il sait que ce sont ses cartes ou qu’il a des fleurs dans la poche, comme il sait que le soleil se lève le matin et se couche le soir, comme il sait que la nuit, il fait noir. « Rentre avec moi. »

Ce n’est pas une supplique mais c’est un souffle, quelque chose de perdu dans le vent et tu attrapes sa main, fermement, parce que le poignet ne te suffit pas, parce que les faux-semblants te fatiguent, parce que vous avez dépassé ça, qu’il n’y a plus rien sur quoi mentir, plus de belles histoires à raconter.

« Je suis là. » tu ajoutes et tu n’es pas certain de savoir pourquoi tu prends la peine de le lui expliquer.

Il sait.
Évidemment qu’il sait.
Il sait toujours tout quand il s’agit de toi et lorsqu’il ne sait pas, il fait semblant ; c’est presque la même chose, c’est suffisant.
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